| | Interview

L'ARN messager produit dopant surprise des JO de Tokyo?

L'Agence Mondiale Antidopage a introduit de nouvelles règles pour tracer le dopage génétique en 2021. | Keystone

Dans les vaccins Covid de Moderna et BioNTech-Pfizer, l’ARN messager de synthèse induit la production de protéines dites antigènes. Elles déclenchent ensuite la mise en place de l’immunité. L’EPO ou les hormones de croissance produites dans des cultures de cellules et utilisées depuis des années dans le cas de dopage sportif sont aussi des protéines qui peuvent être induites par des ARN messagers. Est-il dès lors envisageable que des ARN messagers produisent de telles protéines chez des athlètes? Seront-elles invisibles aux tests parce qu’au lieu d’être injectées elles sont produites par les cellules mêmes du sportif tricheur? Les réponses d’Olivier Rabin, directeur science et médecine de l’Agence mondiale antidopage.

Pourquoi ce n’est pas de la science-fiction. Développées pour des usages médicaux (l’insuline des diabétiques par exemple), les protéines recombinantes fabriquées dans des cellules de mammifères modifiées génétiquement ont été dévoyées dès les années 1990 pour produire de l'érythropoïétine (EPO) qui augmente l’oxygénation du sang ou des hormones de croissance pour la prise ou la régénération de muscles. S’agissant de protéines, elles peuvent être induites par des ARN messagers synthétiques. Cela a d’ailleurs été fait de manière expérimentale. Alors pourquoi pas pour le dopage?

Heidi.news – Envisagez-vous la possibilité de détournement des technologies d’ARN messager pour produire des protéines dopantes pour les athlètes?

Olivier Rabin – Effectivement, c’est une possibilité et nous nous y sommes préparés. Dès mars 2002, l’Agence mondiale antidopage a organisé une conférence sur le dopage génétique. Il a conduit à la mise en place d’un groupe d’experts internationaux qui suit depuis les avancées dans ce domaine, y compris pour développer de nouveaux moyens de détection. Nous avons lancé au début de cette année un document technique sur la détection par PCR de dopage génétique afin d’harmoniser les pratiques des laboratoires antidopages. Nous définissons le dopage génétique comme un transfert d’acides nucléiques que cela soit de l’ADN ou des ARN messagers aux fins d’augmenter les performances sportives.

Avec l’ARN messager ce serait les cellules des athlètes potentiellement dopés qui produirait des protéines. Cela ne rendrait-il pas ces dernières indétectables?

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