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Les forêts, mieux protégées dans les réserves naturelles?

L'efficacité des réserves naturelles est très variable. Photo: unsplash/Julian Hochgesang

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Les réserves naturelles sont le dernier rempart pour protéger la biodiversité et les écosystèmes naturels. Elles représentent 15% des terres émergées. Mais ce statut protège-t-il vraiment les forêts? Leur degré d’efficacité, dans ce cas précis, est variable.

Pourquoi la question se pose. On soupçonne en effet certaines réserves naturelles de n’exister que sur le papier – et de ne pas offrir de protection réelle aux forêts. Des chercheurs japonais et américains ont étudié l’efficacité des grandes réserves naturelles du monde entier grâce à des données satellites.

Dans leur étude, publiée dans la revue Environmental Research Letters, les chercheurs ont comparé les données des zones forestières protégées et non protégées, dans des conditions géographiques similaires – tenant par exemple compte de la proximité ou non d’une grande ville. Ils ont ensuite calculé la surface de forêt qui aurait disparu si elle n’avait pas été protégée.

  • L’étude prend seulement en compte les réserves naturelles créées entre 2000 et 2012, à partir d’une certaine surface.

  • Elle s’appuie sur les données de 81 pays et englobe une surface totale de 3,2 millions de kilomètres carrés.

  • Elle conclut que près de la moitié de ces nouvelles réserves se trouvent en Amérique du Sud.

  • Seuls 10% des nouvelles réserves ont été créés dans des pays très pauvres, comme le Bangladesh ou le Mali.

Protégée ou non, la forêt disparaît. Résultat: le statut de réserve naturelle a permis de réduire de 72% la disparition de la forêt sur place par rapport aux zones non protégées. Sans ces réserves, 86’000 kilomètres carrés supplémentaires de forêt auraient disparu dans le monde.

Malgré tout, 34’000 kilomètres carrés de zone forestière ont disparu malgré leur statut de protection, soit une superficie équivalente à celle de la Belgique. Les causes de cette déforestation peuvent être très différentes: l’exploitation du bois, l’agriculture, la recherche de matières premières, l’urbanisation ont des effets aussi destructeurs que les incendies de forêt.

De fortes disparités. A y regarder de près, les différences dans l’efficacité de la protection des réserves naturelles sont importantes entre les pays. Dans les pays à très faible revenu, l’efficacité de la protection des forêts est plus faible, de l’ordre de 40%. En Afrique, les réserves naturelles d’Afrique du Sud sont les plus efficaces, en Asie, c’est le Cambodge qui remporte la palme et en Europe, la Lettonie. La Suisse ne faisait pas partie de l’étude.

L‘efficacité dépend également de la situation géographique de la zone protégée. Si les forêts ne se trouvaient pas dans un environnement menacé, aucun kilomètre carré n’a été gagné du fait d’un statut protégé.

L’agriculture rend la protection plus délicate. Les chercheurs ont utilisé un algorithme «auto-apprenant» pour déterminer 14 facteurs démographiques, économiques, politiques et agricoles capables d’influencer l’efficacité de la protection des zones naturelle.

  • Un facteur important est la rigueur de la gestion de la zone protégée, soit le degré d’activité humaine autorisé dans la zone. Plus le contrôle est strict, plus la protection est efficace.

  • 26% seulement des réserves naturelles étudiées ont mis en place des règles strictes sur leur fréquentation.

  • La protection des forêts tend aussi à être plus efficace dans les pays avec une importante croissance économique.

  • Par contre, les pays très agricoles ont plus de difficultés, et ce d’autant plus si leurs structures gouvernementales sont fragiles.

«Les scientifiques demandant que 30% des terres et des eaux terrestres soit protégés d’ici 2030», rappelle l’autrice principale de l’étude, Payal Shah, chercheuse à l’Institut de la Science et de la Technologie d’Okinawa dans un communiqué. «Mais plus il y a de terres protégées, plus il est important de mesurer précisément comment cette protection fonctionne». Car si le statut de réserve naturelle ou de zone protégée n’est qu’une simple formalité administrative sans effet concret, pour les forêts, le bénéfice est faible.

L’étude à la loupe

L’étude. What determines the effectiveness of national protected area networks?

Le commentaire. Les données utilisées ne comprennent pas tous les facteurs qui déterminent l'efficacité d'une aire protégée, notamment les facteurs locaux tels que les décisions politiques sont absents. Seule la protection des forêts a été prise en compte ; l'étude ne peut pas préciser dans quelle mesure les animaux ou d'autres organismes vivants sont protégés. En outre, les auteurs ne s'intéressent qu'aux zones protégées qui ont été créées entre 2000 et 2012. Par conséquent, l'étude ne peut fournir que des indications.

La fiabilité. revue par les pairs, l'efficacité des zones protégées créées entre 2000 et 2012 dans 81 pays a été examinée. Les données satellitaires proviennent d'une étude qui a calculé la perte annuelle de forêts et de la base de données sur les zones protégées.

Le type d’étude. Modélisation.

Le financement. Japan Society for the Promotion of Science, Okinawa Institute of Science and Technology Graduate University, Norwegian Agency for Development Cooperation.