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Le climat, en attendant Glasgow

Sarah Sermondadaz

Deux semaines déjà que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) a dévoilé son sixième état des lieux sur l’état de la planète et de son climat. Un constat alarmant dont les décideurs vont devoir s’emparer: la prochaine date marquante pour la diplomatie climatique sera la COP26, 26e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, qui se déroulera à Glasgow du 1er au 12 novembre.

Et d’ici là? On attend Glasgow. Ou Godot, on ne sait plus trop. Le théâtre de l’absurde s’invite régulièrement sur la scène des politiques climatiques, déjà adeptes de la valse-hésitation à force de marcher sur des œufs pour ménager la chèvre et le chou.

Se positionner à la COP26

En Suisse aussi, comme l’a montré la contre-initiative du Conseil fédéral «pour les glaciers». Echaudée par le non à la loi sur le CO2, la Confédération a préféré ne pas acter une interdiction des énergies fossiles en 2050. Et pour faire bonne figure, miser sur des certificats de réduction d’émissions, notamment à travers des projets de compensation carbone menés à l’étranger.

Miser sur la compensation carbone semble ainsi une façon de retarder les choix difficiles et de gagner un peu de temps. Mais l’exercice est acrobatique: le pays s’est engagé dans son mandat, à Glasgow, à veiller à ce que le double-comptage des certificats — entre pays émetteur et récepteur, principal trou dans la raquette du dispositif — ne soit pas possible. Mais il y a d’autres risques, notamment celui d’influencer la diplomatie climatique, expliquait Augustin Fragnière, docteur en sciences de l'environnement au Centre interdisciplinaire de la durabilité de l'Université de Lausanne, à Heidi.news:

«Cela peut entraîner une incitation assez perverse pour certains pays à prendre des engagements peu ambitieux, pour les atteindre facilement et pouvoir revendre des crédits carbone ailleurs.»

Un calendrier bousculé

Il n’empêche, personne n’aimerait être à la place de la cheffe du Detec Simonetta Sommaruga, tant le calendrier de la diplomatie climatique a été bousculé par la pandémie. Entre le report de la COP26 à 2021, puis celui du rapport du Giec… Et surtout, le découpage en trois parties de ce dernier. La première, publiée en août, ne s’intéresse en effet qu’aux causes scientifiques des changements climatiques planétaires. Les experts y soulignent l’urgence climatique. Il ne s’agit pas d’un gros mot militant, mais une observation factuelle dénuée ici de toute connotation politique: l’objectif de +1,5°C, pourtant emblématique de l’accord de Paris, est tout simplement hors de portée à présent.

C’est donc dans cette tension entre lenteurs du calendrier et urgence — tant que l’on continuera à émettre des gaz à effet de serre, la situation climatique va s’aggraver — que se trouvent prises les politiques climatiques. Pour connaître les conclusions du Giec consacrées à l’adaptation au changement climatique, puis aux mécanismes d’atténuation à mettre en œuvre, il va falloir attendre la parution des parties en question, respectivement en février et mars 2022.

Patienter: il le faudra encore avant que les solutions technologiques plébiscitées par les milieux de l’innovation, comme la capture directe du CO2 dans l’air (DAC), n’atteignent la maturité commerciale. En l’état, si on comptait sur ces technologies pour rester sous la barre des +2°C, il faudrait y consacrer pas moins de… la moitié de notre consommation d’énergie actuelle, notait une enquête de Heidi.news début 2021. Cette tension devrait nous pousser à actionner tous les leviers possibles à la fois, mais elle nous pousse aux atermoiements. Et la solution miracle, à la fois efficace et facile à mettre en œuvre, comme Godot, tarde, voire n’arrivera pas.