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En ville, les zones 30 sont-elles bonnes pour la santé?

L'entrée d'une zone 30 à Zurich. Photo: Keystone/Ennio Leanza

Cet article a été publié une première fois en allemand par notre partenaire éditorial Higgs.ch.

Le vacarme des rues nous tape sur les nerfs, fait augmenter notre rythme cardiaque et, plus grave, peut même, à long terme, porter atteinte à notre santé. En Suisse, 14 % de la population est touchée par le bruit de la circulation. La ville de Zurich, pour sa part, a fait le choix de s’engager contre les nuisances sonores.

Pourquoi c’est important. Le conseil municipal de Zurich va abaisser la vitesse de circulation de 50 à 30 km/h d’ici 2030, sur l’ensemble de la ville. D’autres villes suisses comme Lausanne, Fribourg et Winterthour souhaitent suivre le mouvement. Quels sont les effets du bruit sur l’organisme? Fixer la limite à 30 km/h est-il la seule solution?

Qu’est-ce que le bruit? C’est un son indésirable. Par essence, il est relatif, car il est perçu différemment d'une personne à l'autre: ce qui peut être agréable ou important pour certains — le moteur de sa voiture de sport qui rugit, ou les pleurs de son enfant —, peut être insupportable pour d'autres. Ces perceptions différentes du bruit ne dépendent pas seulement du type de bruit et de notre état d’esprit, mais aussi de notre santé et de notre âge. Si l’on est malade ou très âgé, notre sensibilité au bruit est augmentée.

Le bruit se mesure objectivement en décibels, qui indiquent l'intensité sonore. Cependant, il existe une mesure de la perception auditive. Le décibel A — dB(A) en abrégé — nous indique l'intensité avec laquelle l'oreille humaine perçoit un son.

  • Un léger murmure à une distance de trois mètres correspond à une trentaine de dB(A), une conversation normale à 40 dB(A).

  • Le carillon d'un clocher d'église à une distance de deux cents mètres atteint environ soixante dB(A) et une autoroute très fréquentée à une distance de cinquante mètres atteint 80 dB(A).

  • Un concert de rock a un niveau sonore moyen de 110 dB(A).

  • Au-delà de 120 dB(A), le bruit peut provoquer des dommages physiques. Des niveaux sonores élevés peuvent également être la source d’une perte d'audition ou d’acouphènes.

Quel type de bruit est le plus néfaste? 14 % de la population suisse est exposée au bruit de la circulation. Des villes comme celles de Zurich sont particulièrement touchées par ce phénomène, car elles ont une circulation très dense. D’après une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le bruit de la circulation routière est le plus néfaste en termes de nuisances sonores: il représente 77 % de la pollution sonore. En comparaison, le trafic ferroviaire en représente 13% et le trafic aérien 10%.

En plus des bruits de la rue, nous sommes constamment exposés à d’autres types de bruits, même s’ils sont moins intrusifs: le souffle de l’imprimante, le ronronnement du micro-onde, la ventilation de l’ordinateur…

Une chose est sûre: la pollution sonore gagne du terrain. Pour cette raison, les limites d’exposition sonore ont été fixées par la loi. Ces limites définissent le nombre de décibels autorisés dans les zones de repos, d’habitation et dans les zones industrielles. La limite est de 60 décibels. Ce seuil fait polémique: certains pensent qu’il n’est pas assez bas. Et par ailleurs, il existe des endroits où cette limite est constamment dépassée. Une chose est claire: un bourdonnement continu cause des dommages à long terme à la santé.

Les effets du bruit sur la santé. D’après une étude réalisée en Malaisie, nous pourrions, avec le temps, nous habituer au bruit de la circulation. Cependant, il ne s’agit que d’une habituation mentale, car la réaction physiologique au bruit reste la même:

Perte d’années de vie en bonne santé. Pour toutes ces raisons, l’Organisation mondiale de la santé a développé une méthode permettant de calculer le nombre d’années de vie en bonne santé que nous risquons de sacrifier sur l’autel du bruit. En Europe, chaque année, près d’un million d’années de vie en bonne santé disparaissent à cause de la pollution sonore. D’après les estimations, rien que pour la Suisse, pour l’année 2000, il s’agirait 47200 années de vie perdues.

Comment réduire les nuisances sonores? En ville, pour agir sur la pollution sonore, l’accent est surtout mis sur les réductions de vitesse. Quand, dans une zone limitée à 50, on abaisse à la limitation à 30, le niveau du bruit s’abaisse de trois décibels en moyenne. Même si ces chiffres sont peu parlants, ils correspondent, dans la perception du bruit, à une réduction de la moitié du trafic.

Car le niveau de bruit moyen d’une rue est estimé entre 55 et 60 décibels. Et même si le bruit baisse seulement de quelques décibels, la différence est directement perceptible. Plus le niveau de décibel est élevé, plus chaque décibel en moins comptera.

En outre, les flux de circulation sont plus réguliers dans les zones 30, car les voitures font moins de «stop and go», d’arrêts intempestifs, qui ont la particularité d’augmenter les bruits de freinage et de démarrage.

Les autres pistes. Des critiques s’élèvent du côté des syndicats automobiles, qui considèrent qu’une réduction du bruit dans les zones 30 n’est rien d’autre qu’un prétexte pour bannir les voitures des villes.

Il existe en effet d’autres mesures pour faire baisser le bruit: des revêtements de la chaussée avec des matériaux anti-bruit, qui peuvent baisser les nuisances sonores jusqu’à neuf décibels. Les moteurs électriques et les pneus anti-bruits peuvent aussi être utiles.

Les retours d’expérience. La ville de Lausanne a mené une étude pilote sur deux rues, pour évaluer les effets d’une zone 30 sur la réduction du bruit. Pendant près de quatre semaines, deux rues se sont métamorphosées du jour au lendemain en zone 30.

Résultat: le bruit de la première rue a baissé en moyenne de 2,5 dB(A), et dans la seconde, de 3 dB(A). Les pics de bruits, qui réveillaient les riverains, ont même baissé respectivement 5 et de 4 dB(A). Sur la base de ces mesures, les chercheurs ont modélisé les conséquences d’un passage en zone 30 pour l’ensemble de la ville de Lausanne. Dans la situation actuelle de Lausanne, les habitations qui se situent à moins de 25 mètres d’une artère de circulation sont soumises en moyenne à un bruit de 55 décibels. Si toute la ville passait en zone 30, la moyenne serait encore de 53 décibels. Mais le cœur de l’étude portait sur les avantages d’une baisse du bruit en termes de réduction des troubles du sommeil, des maladies cardiovasculaires et des cas de diabète. Les résultats sont sans appel: par rapport à la situation actuelle, on estime que trois mille habitants de Lausanne vivraient plus sereinement et plus sainement si la limite de 30 km/h était appliquée dans toute la ville.

L’étude à la loupe

L’étude. Estimating the health benefits associated with a speed limit reduction to thirty kilometres per hour: A health impact assessment of noise and road traffic crashes for the Swiss city Lausanne.

Le commentaire. L'étude n'inclut que les effets sur la santé au-dessus de 45 décibels, mais même en dessous de ce seuil, le bruit peut avoir des conséquences. Les troubles cognitifs, la dépression et les troubles métaboliques ne sont pas inclus. En outre, les résultats sont basés sur un scénario modélisé, c’est-à-dire sur des hypothèses. Par exemple, les maladies cardiovasculaires sont des effets à long terme et difficiles à modéliser. D'autres facteurs pertinents qui jouent un rôle dans la réalité ne sont pas pris en compte dans le modèle.

La fiabilité. Evaluée par des pairs. Données de population de la Cohorte nationale suisse, fonctions exposition-réponse du bruit et de la santé du projet SiRENE, cartes de bruit du fichier suisse sonBASE. Données sur les accidents de la circulation et la mortalité provenant respectivement de la police de Lausanne et du service de santé publique du canton de Vaud.

Le type d'étude. Modélisation.

Le financement. Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), École suisse de santé publique.