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L'extension du certificat Covid suffira-t-elle à contenir la 4e vague?

Alain Berset et le Conseil fédéral veulent renforcer certaines mesures. | Keystone / Peter Schneider

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C’était attendu: le Conseil fédéral désire étendre l’obligation de présenter un certificat Covid «à l’intérieur des restaurants, des lieux culturels et de loisirs, ainsi que lors des événements se déroulant à l’intérieur». Dans sa séance de ce 25 août, l’exécutif a également décidé de rendre payant les tests de dépistage pour obtenir le certificat dès le 1er octobre.

Pourquoi c’était attendu. Les hospitalisations dues au Covid sont en forte hausse et une surcharge hospitalière n’est pas exclue d’ici quelques semaines. L’OFSP a également parlé de 4e vague en Suisse lors de sa conférence de presse de mardi 24 août. Mais cette seule extension de l’utilisation du certificat Covid suffira-t-elle à freiner la circulation du virus actuelle?

De quoi on parle. Dès l’adoption le 4 juin du certificat Covid, celui-ci pouvait voir son usage être étendu aux lieux de la vie quotidienne (domaine orange) en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique. La consultation lancée auprès des cantons et des partenaires sociaux porte ainsi spécifiquement sur les salles de restaurants, les lieux culturels, de loisirs et d'entraînement sportif, ainsi que pour les manifestations en intérieur.

Les partenaires devront s’exprimer sur cette proposition d’extension de l’obligation de l’usage du certificat Covid d’ici le 30 août. Le Conseil fédéral pourra ainsi discuter du sujet lors de sa prochaine séance de mercredi 1er septembre.

Pour Alain Berset, conseiller fédéral en charge de la santé:

«Il s’agit d’être prêt à mettre en place cette extension rapidement si la situation au niveau des hôpitaux devait encore se dégrader. Mais la consultation ne dit rien encore de la mise en œuvre réelle.»

En clair, le Conseil fédéral lance un ballon d’essai pour voir si cette obligation élargie est bien accueillie. Le cas échéant, il sera possible de la dégainer rapidement en cas de surcharge hospitalière, indicateur suivi comme le lait sur le feu actuellement.

Est-ce le bon outil? La question centrale, au-delà de l’adhésion des cantons et de la population, est de savoir si cet outil permet réellement de réduire la circulation du virus et ainsi, par ricochet, éviter les hospitalisations. Alain Berset en est convaincu:

«Le certificat Covid permet de montrer qu’on a un risque de transmission très réduit. L’usage obligatoire actuel dans les manifestations de plus de mille personnes, comme les open air et matches de foot, n’a pas conduit à une explosion de cas.

J’ai bien conscience que le certificat n’est pas une casco complète. Son utilisation n’élimine pas complètement les contaminations. Mais cela permet de les réduire fortement.»

La task force scientifique de la Confédération est plus prudente. Ainsi, dans son rapport scientifique du 20 juillet, l’organe expliquait:

«Si un grand nombre de personnes dont les résultats des tests sont négatifs sont admises à une manifestation accueillant les personnes «testées avec résultat négatif, guéries et vaccinées (TGV)» la probabilité d’une épidémie majeure lors d’un tel événement est importante.

En raison du taux de vaccination faible lors des grandes manifestations dites TGV rassemblant un grand nombre de jeunes, de nombreux de participants non immunisés et donc infectieux sont admis sur présentation d’un résultat de test négatif.

Une seule personne infectieuse peut alors provoquer une importante flambée épidémique parmi de nombreuses personnes non immunes. Le risque de transmission et donc d’apparition d’un foyer important est particulièrement élevé lors d’événements se déroulant dans des locaux fermés avec une capacité de ventilation insuffisante, des contacts étroits prolongés, des bains de foule et des vociférations.

Dans ces conditions, il est possible que même des personnes ayant une faible charge virale puissent déclencher des épidémies majeures.

En outre, le variant Delta étant plus contagieux que les variants circulant précédemment, une flambée majeure pourrait, à plus forte raison, être déclenchée par celui-ci. C’est en effet ce qui a été observé lors d’un événement testés-guéris-vaccinés qui a eu lieu à Utrecht, où les concerts avaient pourtant eu lieu en plein air.»

Que faire? Pour le Conseil fédéral, il n’y a pas d’autres solutions que le certificat Covid pour éviter de restreindre inutilement la vie de la population, ni prendre le risque de la surcharge hospitalière. Alain Berset a été très clair sur le sujet:

«L’alternative, c’est la fermeture!»

La fermeture des restaurants, des cinémas, des salles de sports, des théâtres et des lieux de réunion en intérieur. Le certificat Covid permet donc – tout en restreignant l’accès aux personnes testées, guéries et vaccinées – de continuer à profiter de ces activités et services.

La nouvelle obligation qui se profile pourrait également être vue comme une forte incitation à la vaccination. Ce d’autant plus que le Conseil fédéral a décidé de rendre les tests payants dès le 1er octobre pour les personnes qui désirent obtenir un certificat Covid. Là aussi, Alain Berset se défend:

«Ce n’est pas pour pousser à la vaccination. Je ne sais d’ailleurs pas si on peut faire dépendre le taux de vaccination à l’usage du certificat Covid. Son extension n’est pas là pour obliger à se faire vacciner, mais pour protéger les hôpitaux et éviter que le système ne s’effondre. Enfin, s’effondre, c’est beaucoup dire, mais éviter qu’il soit dépassé.»

Une solution, qui n’est pas sur la table à ce stade, serait de restreindre encore l’accès au certificat Covid aux seuls guéris et vaccinés. Cela permettrait d’éviter le scénario décrit par la task force avec les événements dits TGV. Mais cela accentuerait encore l’effet discriminatoire du certificat Covid.

L’effet politique. La proposition du jour a de quoi jeter de l’huile sur le feu. Le 28 novembre, les Suisses s’exprimeront sur le référendum contre les amendements à la loi Covid, dont le certificat fait partie. En proposant une extension de son obligation d’usage, le Conseil fédéral fait le jeu des référendaires. Du moins, cela pourrait être perçu comme tel. Surtout que durant de nombreuses semaines, on évoquait à Berne la levée de toutes les mesures dès que toutes les personnes voulant se faire vacciner contre Covid l’auraient fait.

Interpellé sur le sujet durant la conférence de presse du jour, Alain Berset n’a pas caché son irritation:

«Que me diriez-vous si dans quelques semaines on devait trier les malades à l’hôpital parce qu’on n’a rien fait?

Je sais très bien qu’on a un référendum en vue. Mais cela ne change rien à la situation de l’épidémie. C’est le devoir du gouvernement de protéger le pays.»

Le constat. Hormis la fin de la gratuité des tests pour accéder à des grandes manifestations et à des discothèques à partir du 1er octobre, rien n’a été décidé ce 25 août.