| | Idées

Accepterons-nous de nouvelles mesures sanitaires alors que l’on peut se faire vacciner?

Paul Ackermann

Cet article est publié en accès libre vu l’importance de ces questions pour le débat public. Mais le journalisme a un coût, n’hésitez donc pas à nous soutenir en vous abonnant.

L’échéance se rapproche. La prochaine vague de Covid, dopée par le variant Delta qui s’impose un peu partout, devait arriver en Suisse à la rentrée… ça pourrait bien être avant, au cœur des vacances. Les épidémiologistes tirent la sonnette d’alarme partout dans les médias. Les autorités politiques en sont déjà à préparer leurs dispositifs de mesures sanitaires. On commence à connaître le refrain, que nous subissons depuis des mois, vague après vague.

Mais une chose a changé: nous avons désormais presque tous le choix d’être vacciné.

Pendant des mois, nous avons sacrifié nos libertés pour sauver les plus fragiles, victimes impuissantes d’un coronavirus auquel nous avions décidé de faire face ensemble. Nous nous devions de les protéger collectivement. Nous ne pouvions pas non plus laisser les soignants et nos services hospitaliers se faire submerger par les patients Covid, au risque de paralyser tout le système de santé et de nier le droit fondamental de l’accès aux soins, y compris pour d’autres maladies.

Aujourd’hui, la situation est différente. La plupart des personnes à risque ne sont plus impuissantes. Celles qui le voulaient se sont faites vacciner. Le variant Delta ne semble pas pousser les services hospitaliers dans leurs retranchements là où il progresse le plus (certaines études sont moins rassurantes sur ce point). La véritable question se pose donc autrement: s’il n’y a pas d’explosion des hospitalisations et des décès, si on ne parle que d’infections de personnes refusant de se faire vacciner, la population acceptera-t-elle que l’on referme les restaurants ou les lieux culturels?

Certes, il y a les enfants de moins de 12 ans, qui ne peuvent pas se faire vacciner, toujours vulnérables même s’ils ne développent que très rarement les formes graves de la maladie. Et les autres personnes ayant des contre-indications vaccinales, à risque sans avoir le choix. Reste donc à savoir si ces populations peuvent provoquer un débordement du système hospitalier, si les cas graves seront assez nombreux pour sensibiliser l’opinion publique. Ce qui est sûr, c’est que l’argument massue de 2020, «protégez vos parents, protégeons nos aînés», n’est plus là.

Un nouveau deal entre politiques, scientifiques et population

Début 2020, nous avons passé entre générations un pacte qui a engagé toute la société. Nous avions l’obligation morale de tout sacrifier pour préserver des milliers de vies innocentes. Cet automne (si ce n’est avant), nous n'échapperons pas à un nouveau débat. Les premières voix s’élèvent, comme celle du conseiller national PLR Philippe Nantermod qui estime, dans Le Temps, que «la troisième vague sera celle de l’égoïsme et de l’ignorance».

Bref, la donne a changé. Il faut inventer un nouveau deal entre politiques, scientifiques et population. Sinon, le variant Delta va finir par fracturer notre unité nationale, qui a tenu tant bien que mal jusqu’à maintenant. Les tensions vont fuser entre vaccinés et non-vaccinés, entre générations, entre acteurs économiques et communauté scientifique.

Ne pas mettre ces nouvelles questions sur la table, c’est tendre le bâton pour nous battre aux complotistes qui hurlent depuis des mois qu’on agit dans leur dos. C’est pousser dans leurs bras ceux qui commencent à douter. C’est prendre le risque de claques catastrophiques dans les urnes, comme pour la loi suisse sur le CO2.

Voici donc quelques questions qui fâchent auxquelles il faut absolument répondre ensemble avant la fin de l’été:

  • «Quel est le niveau de contaminations Covid acceptable à l'ère du vaccin»?

  • Quels types de mesures sommes-nous désormais prêts à accepter?

  • Comment justifier ces mesures?

  • Faut-il forcer directement ou indirectement ceux qui le peuvent à se faire vacciner comme Emmanuel Macron semble vouloir le faire en France?

  • Peut-on prendre le risque social et économique de demander aux institutions culturelles et autres restaurateurs de tirer un trait sur leur activité encore une fois?

  • Quelle est la solution à long terme si les variants et les anti-vaccins continuent de prospérer?