Alya devait être envoyée dans une structure spéciale. Un an et deux établissements privés plus tard, elle revient à la case départ. Sa mère Marie* livre un témoignage poignant sur les effets de ces ricochets, influencés par les appréciations des équipes scolaires. Illustration : Gaëlle Vejlupek pour Heidi.news

Enfants «ingérables», des diagnostics qui commencent par les enseignants

Un peu plus d’un mois après sa première rentrée scolaire dans une école primaire genevoise, Alya* devait être envoyée dans une structure spéciale. Un an et deux établissements privés plus tard, elle revient à la case départ. Sa mère Marie* livre un témoignage poignant sur les effets de ces ricochets, influencés par les appréciations des équipes scolaires. Les professionnels à l’origine de ces observations reconnaissent les limites du système en place, malgré l’approche de plus en plus généralisée de l’éducation inclusive.

Alya*, cinq ans, est une petite fille joviale née dans une famille de la classe moyenne aisée. Au premier abord, hormis un vocabulaire étonnamment développé,  rien ne la distingue des autres enfants de son âge. Elle joue, seule ou en groupe, est avide de câlins et se passionne pour les dinosaures. Surtout depuis qu’elle s’est  lassée des chiots super-héros de la Pat'Patrouille. Des banalités de l’enfance qui n’empêchent pas Alya d’être l’objet de deux suivis médicalisés  simultanés: une psychiatre et une psychomotricienne la voient régulièrement depuis ses deux ans et demi.

Leur diagnostic, réservé, vu le jeune âge de la patiente? Hypersensible, dotée d’un trouble de l’attachement et de facultés cognitives au-dessus de la norme. En clair, une petite fille intelligente, mais qui gère mal ses émotions dans certaines situations sociales, notamment dans les grands groupes.

Dès la crèche, les éducatrices de la petite enfance mettent Marie*, la maman, en garde. «Elle avait quelques retards dans la maîtrise de ses mouvements, raconte la trentenaire. Elle ne contrôlait pas non plus ses émotions et avait du mal à se concentrer. Nous avons trouvé une psychomotricienne, qui nous suit encore maintenant.»

Les choses se corsent à l’école. Après  l’approche bienveillante des professionnels de la petite enfance, place à la méthode ferme de la direction du primaire.  Au mois de novembre 2020, la fillette fait déjà l’objet d’un débat tendu, qui a démarré seulement quelques semaines après le début des cours.  Le but? Un transfert en cursus spécialisé, si la mère accepte  le lancement d’une procédure d’évaluation standardisée (PES).

Dans le comité de discussion à l’origine de cette conclusion: des enseignantes et des éducatrices spécialisées, ainsi que Marie*et la directrice. «Tout a été annoncé au cours d’un appel Zoom, s’indigne Marie. La directrice disait qu’il était impossible de garder Alya en classe, même en présence d’une éducatrice spécialisée. Deux enseignantes sur trois étaient pourtant favorables à une présence assistée d’Alya en classe normale. Mais la directrice a eu le dernier mot. Je ne pouvais rien dire ou faire pour aller contre cela. Elle m’a demandé mon accord pour le lancement d’une PES, mais je ne voulais rien entendre. C’est comme si on me disait que ma fille était condamnée à une vie de malheur, sans me laisser la possibilité de m’y opposer.»

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