Image d'illustration Pixabay / xdfolio

Comment certifier les démarches écologiques des datacenters?

Efficacité énergétique, récupération de chaleur, énergies renouvelables... Si vous avez lu notre précédent épisode, vous avez pu remarquer que les centres de données ont de plus en plus de cordes à leurs arcs pour réduire leur empreinte carbone. Encore faut-il pouvoir démontrer au client que tout ceci fonctionne et permet effectivement de réduire les émissions de gaz à effet de serre de nos pratiques numériques en ligne.

«Il y a un fort risque de greenwashing dans le secteur car chacun fait ses propres calculs, surtout chez les GAFA», regrette Babak Falsafi, directeur du centre de compétence EcoCloud à l'EPFL. Son centre se focalise sur les moyens à mettre en place pour augmenter la durabilité environnementale des centres de données, notamment au niveau de l'efficacité énergétique et des émissions de CO2. Il est également directeur de la Swiss Datacenter Efficiency Association (SDEA), lancée en collaboration notamment avec Hewlett Packard et EcoCloud en 2020 et visant à certifier les hébergeurs sur le plan environnemental. Il précise:

«Nous voulons une approche holistique de la problématique, intégrant à la fois le hardware et les logiciels employés ainsi que les systèmes de refroidissement et les infrastructures électriques mises en place.»

Cependant, peu d'hébergeurs suisses affichent actuellement des labels environnementaux. Le secteur est pourtant habitué aux certifications en tout genre. L'uptime Institute, consortium créé en 1993, est connu pour sa classification Tier certifiant le niveau de sécurité des données. La norme ISO 27001 se concentre également sur le management de la sécurité de l'information. Mais peu d'outils s'intéressent à la question environnementale.

L'hébergeur suisse Infomaniak, pour faire valoir sa démarche écologique, s'appuie sur l'ISO 50001 pour l'amélioration des performances énergétiques de ses infrastructures et sur l'ISO 14001 pour la maîtrise des impacts environnementaux de l'ensemble de l'entreprise. Ces deux normes ne sont cependant pas spécialisées aux centres de données. De plus, la norme ISO 14001 certifie la mise en place d'une gestion et d'une réduction des impacts environnementaux, et non les solutions proposées elles-mêmes.

Les acteurs du milieu questionnés sur le sujet reconnaissent cependant l'intérêt que représenterait un label plus spécifique au secteur. Mikael Zennaro, directeur de l'hébergeur chaux-de-fonnier High DC, précise sur cette question: «L'intérêt d'un label ou d'une certification comme celle de SDEA serait justement de montrer au client que nous avons fait la démarche de nous faire auditer.»

Sur les labels, sans parler spécifiquement de celui de la SDEA, Boris Siegenthaler, directeur d'Infomaniak, ajoute: «On a déjà été contacté par des labels, mais les indicateurs ne sont pas assez exigeants. Il faudrait un label certifiant spécifiquement les datacenters qui valorisent 100% de l'énergie consommée en chaleur. Là, on sauterait dessus sans hésiter!»

Mickael Zennaro, de son côté, préfère attendre que des clients demandent explicitement cette certification avant de se lancer. La raison évoquée: le prix. Un label comme celui de SDEA représente en effet un prix non négligeable selon lui. La simple utilisation du label peut ainsi coûter entre 5000 et 50'000 francs par an selon la taille du centre de données, sans compter le prix de l'audit en lui-même.

Pour Babak Falsafi, il s'agit cependant d'un faux problème. Il détaille avec un exemple: «Notre prix est une fraction négligeable du coût de la location de l’espace dans les centres de données. Par exemple, pour un centre de 1000 m2 le coût annuel est 10’000 francs. La location y coûte cependant environ 750 francs par m2 par mois. Dans une telle configuration, le coût du label ne représente que 0,1% du total.»

Lancé récemment, le label de la SDEA doit donc encore convaincre les acteurs du secteur de son utilité et de l'intérêt à y investir des sommes perçues comme importantes. L'engagement d'un centre de compétences de l'EPFL devrait néanmoins apporter un gage quant au savoir-faire des experts derrière le label de la SDEA.

Dans le prochain épisode, nous verrons comment le savoir-faire horloger peut servir de levier pour opérer la transition vers une informatique durable.

  • Cette Exploration a été réalisée avec le soutien de alp ict, CleantechAlps et OPI.