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Dieu, les talibans et... la bibliothécaire

Claude-Inga Barbey

J’ai une amie qui est bibliothécaire et qui déteste le bruit. Elle a déménagé une trentaine de fois en dix ans, et maintenant elle habite un trois pièces sans balcon avec double vitrage. Elle ne va jamais dans des toilettes qu’elle ne connait pas et collectionne les canards en bois. Elle roule dans une petite Twingo impeccable et l’autre jour, elle m’a gentiment ramenée chez moi avant de se rendre à sa répétition de chant sacré.

La radio s’est allumée spontanément quand elle a mis le contact. A un moment donné, l’animateur a prononcé le mot «canard». Mon amie s’est soudain écriée: «Regarde l’affiche là! C’est écrit “canard” et le type vient de dire le mot “canard”, et je collectionne les canards, c’est dingue, ça m’arrive tout le temps!» Je lui ai répondu de façon un peu pédante, que C.G. Jung avait appelé ce phénomène la synchronicité, «occurrence simultanée entre des choses qui n’ont aucune causalité», et que ça pouvait déboucher sur un trouble psychiatrique appelé «apophénie», qui consiste pour le patient à trouver un lien entre des évènements là où il n’y en aucun. Ce qui débouche inévitablement sur le sentiment d’être le centre du monde et puis, quand c’est plus grave, sur la paranoïa.

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